13 septembre 2026

La leçon de lecture, au temps des chromos
Verso visible pour certaines images par survol
Apprentissage de la lecture à la fin du XIXe siècle à la suite des images


À la fin du XIXe siècle, après les lois Ferry (école gratuite, obligatoire et laïque, 1881-1882), l’apprentissage de la lecture devient un enjeu national :
former des citoyens capables de lire le français standard, et non seulement déchiffrer quelques prières.
La méthode dominante :
syllabique et synthétique
On part des éléments simples pour aller vers le complexe. On apprend d’abord les lettres et les sons (voyelles, puis consonnes).
On combine ces sons en syllabes : ba, be, bi, bo, bu, puis cha, che, an, on, oi, etc.
On assemble les syllabes en mots, puis en phrases courtes.
L’ancienne épellation (« bé-a, ba ») disparaît progressivement dans les années 1870-1880.
On passe à une « nouvelle épellation » plus phonétique, puis à la lecture directe de la syllabe sans épeler lettre par lettre.
C’est ce qu’on appelle la méthode syllabique (ou « b.a-ba »).
Des manuels très utilisés à cette époque illustrent cette évolution : la méthode Cuissart (1882), qui lie lecture, écriture et orthographe ;
les méthodes Néel, Regimbeau, Guyau ou Renault dans les années 1890.
Beaucoup d’auteurs insistent déjà sur l’apprentissage simultané de la lecture et de l’écriture. L’enfant trace les lettres en même temps qu’il les lit.

Le lien entre un signe écrit et un son est difficile pour les jeunes enfants. Plusieurs solutions apparaissent :
la phonomimie d’Augustin Grosselin (gestes associés aux sons), popularisée par Marie Pape-Carpentier dans les salles d’asile (ancêtres des maternelles) ;
des lettres mobiles ou « bureaux typographiques » pour manipuler les caractères ; des tableaux muraux et des syllabaires imprimés, parfois avec des couleurs pour attirer l’attention.
Quelques pédagogues (Peigné dès les années 1830, puis d’autres) proposent de partir de mots entiers pour privilégier le sens dès le début.
Ces approches restent minoritaires : sur des centaines de méthodes recensées au XIXe siècle, très peu commencent vraiment par le mot entier.
La « méthode globale » au sens moderne n’apparaîtra qu’au début du XXe siècle (Decroly).
Comment ça se passait concrètement en classe Les classes sont souvent nombreuses, surtout à la campagne.
L’enseignement est collectif : le maître montre au tableau, les élèves répètent en chœur, puis lisent à tour de rôle.
On commence généralement au cours préparatoire (vers 6-7 ans), parfois un peu plus tôt grâce au rattachement du dernier niveau des salles d’asile à l’école primaire.
L’objectif est d’obtenir une lecture à peu près fluide en une année scolaire, même si beaucoup d’enfants mettent plus de temps.
Les premiers textes sont volontairement simples, souvent moraux ou patriotiques.
La compréhension n’est pas toujours le premier objectif au tout début : on veut d’abord que l’enfant « déchiffre ».
Mais les pédagogues de la fin du siècle insistent de plus en plus pour que l’enfant ne lise que ce qu’il peut comprendre.

Contexte et limites
Beaucoup d’enfants parlent encore un patois ou une langue régionale. Le français de l’école est pour eux une langue à apprendre en même temps que la lecture.
Les écoles confessionnelles (Frères des Écoles chrétiennes, etc.) gardent parfois des méthodes plus anciennes plus longtemps.
Le matériel reste rudimentaire : peu d’images dans les premiers livrets, papier et encre limités.
Les progrès techniques (plumes d’acier, impression moins chère) facilitent néanmoins la diffusion de manuels plus soignés à la fin du siècle.

En résumé, à la fin du XIXe siècle, on apprend encore essentiellement à lire en assemblant des sons et des syllabes,
de façon systématique et collective, avec un souci croissant de lier lecture et écriture et de donner un peu plus de sens aux textes.

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