La
leçon de lecture, au temps des chromos
Verso visible pour certaines images
par survol
Apprentissage de la lecture à la fin du XIXe
siècle à la suite des images
À
la fin du XIXe siècle, après les lois Ferry (école gratuite,
obligatoire et laïque, 1881-1882), l’apprentissage de la lecture
devient un enjeu national :
former des citoyens capables de lire le français standard, et non seulement
déchiffrer quelques prières.
La méthode dominante : syllabique
et synthétique
On part des éléments simples pour aller vers le complexe. On apprend
d’abord les lettres et les sons (voyelles, puis consonnes).
On combine ces sons en syllabes : ba, be, bi, bo, bu, puis cha, che, an, on,
oi, etc.
On assemble les syllabes en mots, puis en phrases courtes.
L’ancienne épellation (« bé-a, ba ») disparaît
progressivement dans les années 1870-1880.
On passe à une « nouvelle épellation » plus phonétique,
puis à la lecture directe de la syllabe sans épeler lettre par
lettre.
C’est ce qu’on appelle la méthode syllabique (ou «
b.a-ba »).
Des manuels très utilisés à cette époque illustrent
cette évolution : la méthode Cuissart (1882), qui lie lecture,
écriture et orthographe ;
les méthodes Néel, Regimbeau, Guyau ou Renault dans les années
1890.
Beaucoup d’auteurs insistent déjà sur l’apprentissage
simultané de la lecture et de l’écriture. L’enfant
trace les lettres en même temps qu’il les lit.
Le lien entre un signe écrit et un son est difficile pour les jeunes
enfants. Plusieurs solutions apparaissent :
la phonomimie d’Augustin Grosselin (gestes associés aux sons),
popularisée par Marie Pape-Carpentier dans les salles d’asile (ancêtres
des maternelles) ;
des lettres mobiles ou « bureaux typographiques » pour manipuler
les caractères ; des tableaux muraux et des syllabaires imprimés,
parfois avec des couleurs pour attirer l’attention.
Quelques pédagogues (Peigné dès les années 1830,
puis d’autres) proposent de partir de mots entiers pour privilégier
le sens dès le début.
Ces approches restent minoritaires : sur des centaines de méthodes recensées
au XIXe siècle, très peu commencent vraiment par le mot entier.
La « méthode globale » au sens moderne n’apparaîtra
qu’au début du XXe siècle (Decroly).
Comment ça se passait concrètement en classe Les classes sont
souvent nombreuses, surtout à la campagne.
L’enseignement est collectif : le maître montre au tableau, les
élèves répètent en chœur, puis lisent à
tour de rôle.
On commence généralement au cours préparatoire (vers 6-7
ans), parfois un peu plus tôt grâce au rattachement du dernier niveau
des salles d’asile à l’école primaire.
L’objectif est d’obtenir une lecture à peu près fluide
en une année scolaire, même si beaucoup d’enfants mettent
plus de temps.
Les premiers textes sont volontairement simples, souvent moraux ou patriotiques.
La compréhension n’est pas toujours le premier objectif au tout
début : on veut d’abord que l’enfant « déchiffre
».
Mais les pédagogues de la fin du siècle insistent de plus en plus
pour que l’enfant ne lise que ce qu’il peut comprendre.
Contexte et limites
Beaucoup d’enfants parlent encore un patois ou une langue régionale.
Le français de l’école est pour eux une langue à
apprendre en même temps que la lecture.
Les écoles confessionnelles (Frères des Écoles chrétiennes,
etc.) gardent parfois des méthodes plus anciennes plus longtemps.
Le matériel reste rudimentaire : peu d’images dans les premiers
livrets, papier et encre limités.
Les progrès techniques (plumes d’acier, impression moins chère)
facilitent néanmoins la diffusion de manuels plus soignés à
la fin du siècle.
En résumé, à la fin du XIXe siècle, on apprend encore
essentiellement à lire en assemblant des sons et des syllabes,
de façon systématique et collective, avec un souci croissant de
lier lecture et écriture et de donner un peu plus de sens aux textes.